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Notre petit convoi s’élance vers Loudéac, le prochain contrôle, dans 70 km.

20 kilomètres plus loin, nous sommes encore arrêtés : Marlic Leborgne est venu soutenir son pilote Hervé Le Du passé 1h30 avant nous (c’est dire le rythme). Il est accompagné d’un père et son fils Mickaël qui fabriquent aussi leurs propres vélos couchés en carbone. Ils nous offrent eau et pain d’épices. Je vois le Kouign Amann dans le coffre de la voiture de Malric : c’est le superbe vélo couché à traction directe qu’il met au point avec un compétiteur… Il est plus sale que sur la photo… ça rompt un peu le charme. Question technique, je demande à Malric comment il fait pour enlever la roue avant… ??? Il écarte en fait les bases, jouant sur l’élasticité de la fibre de carbone…

 

 

On repart. Ca roule assez fort et la route nous est favorable : peu de côtes ce qui nous permet de dépasser pas mal de vélo droits. Malgré tout, je semble être le moins costaud dans les quelques bosses. Même Alex, qui a un peu d’embonpoint, roule plus vite que moi. Je parle avec un peu tout le monde. A la suite de la bosse plus dure de Plumieux, je prends mon propre rythme et laisse filer les autres devant. Ils roulent en compagnie d’un petit groupe de vélos droits. Je me retrouve seul avec Sébastien le Normand, qui lui, est à court de kilomètres et à court de sommeil à cause de son récent petit bébé. On passe une dizaine de kilomètres ensemble à discutailler. Ca fait plaisir de rouler avec un gars qui a à peu près mon âge : on parle du W-E vélo couché qu’il a organisé en Normandie, de son compatriote Didier qui est impressionnant, de la démarche sautillante de Laurent sur son vélo… On dirait qu’il est monté sur ressort. On parle aussi de la couleur dont Sébastien a peint son vélo, poussant le vice à peindre aussi ses pédales et son casque. Tout le monde le charrie à propos de la couleur, même mon vendeur de vélos couchés à Angers… C’est un petit monde. C’est vrai que la couleur est très discutable : un genre de marron beige, assez… comment dire… « moche » ?… =)))

On ne force pas plus que ça dans les côtes et d’un coup, je ne me sens plus en surrégime : si j’avais un cardio, je ne pense pas que je dépassais les 110-120 pulsations/minute… Il était temps que ça se calme un peu.

On arrive enfin à Loudéac avec 120 kilomètres dans les jambes. Le chemin dans la ville est fléché. Les organisateurs ont réutilisé des flèches du Paris-Brest-Paris, je les reconnais. Les autres nous attendent au local où nous pointons. Beaucoup de cyclos font une pause. Moi, je mange un sandwich supplémentaire et les autres avalent des cakes faits maison… Le rythme était assez fort même si le relief était assez facile : 28 km/h, c’est un peu euphorique pour commencer un brevet de 600 km.

 

004-LoudéacA Loudéac - De gauche à droite : Didier, Sébastien, La tête de Gilles, Laurent, moi, Alex accroupi.

 

L’ambiance est bonne. On s’amuse et on regarde les inventions bricolées des uns et des autres pour tenir soit une sacoche soit un support. Il n’y a rien de standard dans le monde du vélo couché… Alex et Laurent ont des moyeux dynamos pour alimenter leur éclairage, Didier un éclairage bricolé par un de ses copains : deux diodes Luxéon alimentées par 10 piles LR6 : grosse puissance d’éclairage et bonne autonomie… On verra cette nuit. Ils envient ma belle roue arrière, très rare à trouver, surtout d’occasion…

Je me rends compte que j’ai cassé un rayon. Il m’avait bien semblé entendre un claquement sur le chemin… « Merde alors !!! J’avais pas besoin de ça !! ». Comme je ne veux pas retarder les autres, je leur dis que je réparerai au prochain contrôle, à Carhaix… Si seulement ça peut tenir jusqu’au retour…

 

Bon on repart au bout de 10 minutes et là, les choses sérieuses commencent. Au nord de Loudéac se profilent les mauvaises routes des Côtes d’Armor : des routes de campagne au mauvais revêtement et des bosses assez raides… Le circuit diverge un peu du tracé du PBP. Ils nous font prendre une commune que je ne connaissais pas et une route qui descend à pic mais sur un beau revêtement : on atteint facilement les 70 km/h alors qu’on freine… Dire qu’il va falloir remonter ça au retour et sans doute la nuit prochaine.

 

005-réparation Réparation de mon rayon – Sébastien juste derrière

 

Didier a une crevaison juste au-dessus de la commune d’Uzel et tout le monde s’arrête un peu plus loin. « Le temps qu’il répare, j’en profite pour changer mon rayon » leur dis-je. Et me voilà parti pour démonter le pneu, la chambre à air et le fond de jante. J’enlève le rayon cassé et monte celui de rechange… Pas de souci. C’est là que je me rends compte que j’en avais un 2ème de cassé… « Putain !!!! Roue de chiotte !!! Fabricant à la noix !!! » Tant pis, je ne peux pas réparer, en plus c’est côté disque de frein… On verra ce qu’on verra… Ca ne m’empêche pas de rouler mais faudrait pas que j’en casse de trop… Gilles, avec beaucoup de gentillesse, me propose de l’aide :

- Je peux appeler ma femme… J’ai des rayons de rechange dans ma voiture…

- Non, je te remercie, ça tiendra le temps que ça tiendra. Faut juste que j’en casse pas plus. Je vais sous-gonfler mon pneu, ça devrait amortir plus…

Je regonfle mon pneu avec ma mini-pompe, pas rapide, mais solide et peu encombrante… Alors il faut pomper très vite et je fais bien rigoler les autres : on dirait la publicité pour une marque de cuisines avec la femme qui surprend son mari de dos en train de battre une omelette, vous situez un peu ? =)). Ben moi, c’est pareil, et j’en rajoute parce que pomper, ça fatigue aussi… =))

Didier nous a rejoint alors que je finissais de gonfler mon pneu. On reprend le chemin peu après sous le soleil. La température a monté doucement, mais au hasard de descentes ombragées, le frais se fait parfois sentir. Notre petit groupe de 7 se disloque par moments au gré des bosses. Je suis souvent en queue de groupe et le rythme, même s’il a baissé reste soutenu : Gilles, Marcel et Laurent sont les plus costauds.

 

Après Corlay, on se trouve sur une route au trafic très dense, ça roule vite et les descentes nous font rattraper des vélos droits qui tentent vainement de se mettre à l’abri derrière nous. On va trop vite pour eux au-dessus de 35-40 km/h… Gilles, Marcel, Laurent et Alex sont devant et Sébastien, Didier et moi restons à une centaine de mètres derrière. Un gars en vélo droit reste en notre compagnie, dans les 30-35 ans : c’est la première fois qu’il fait un brevet comme ça, à la suite d’un pari avec des amis : son équipement est moyen pour un vélo droit : un vélo Décathlon, mixte route-VTT, pas idéal pour rouler vite mais plus confortable. Il ne s’entraîne que depuis 3 mois… En moi-même, je pense qu’il est un peu inconscient de tenter un truc pareil… Jamais je n’aurais fait ça… Son entêtement à faire des efforts pour nous rattraper dans les descentes souligne son inexpérience de la longue distance : l’économie d’énergie est la règle : autant physiquement qu’en paroles… En plus de ça, il est bavard mais montre un enthousiasme qui fait plaisir à voir :

- Vous êtes impressionnants à regarder… On dirait que vous ne forcez pas : vous êtes complètement détendus !!

- Ben oui, c’est ça le vélo couché…

Je lui parle comme à chaque fois des avantages du vélo couché : le confort, la fin des douleurs habituelles et puis les performances sur le plat et les descentes… Il me répond :

- C’est vrai qu’il faut s’accrocher dès que ça descend !!

A Maël-Carhaix, on suit la direction de Carhaix indiquée par les panneaux, mais comme durant le brevet de 600 fait avec Angers, on se trompe de route… Je m’en doutais et les autres ne tardent pas à se poser des questions aussi… On continue notre chemin mais au bout de 2 km, on finit par s’arrêter. Un autre vieux coureur, qui s’apprêtait à rebrousser chemin, vient grossir notre petit comité. Le gars en vélo Décathlon dispose d’une photocopie d’une carte routière : il me la tend pour que je regarde, mais il manque un bout de la carte…

- Bon, y’a moyen de reprendre Carhaix en prenant la route de campagne à droite là.

- T’es sûr ?

Je leur réponds :

- Oui t’inquiètes !! Bertrand est merveilleux, Bertrand est génial…

Quand on connaît ma propension habituelle à utiliser des raccourcis très longs, il y a matière à s’inquiéter pourtant =)). Mais là, je pense qu’on est sur le bon chemin. On poursuit donc et malgré quelques doutes par moments, on arrive à Carhaix au bout de 6-7 kilomètres. Gilles, Marcel, Alex et Laurent sont attablés devant un bar. Nous nous arrêtons pour faire une pause également et pointer notre carnet de route. Tinténiac, Loudéac, Carhaix : c’est fait !

Il est 13h30 environ. Sébastien et Didier vont se chercher quelque chose à grignoter dans une boucherie : du riz au lait et une barquette de crudités. Moi, je tourne toujours aux sandwiches et un bon panaché pour désaltérer. J’en profite pour faire le plein de ma poche à eau ainsi qu’un peu de poudre énergétique. Laurent, qui est le plus écolo de nous tous peste gentiment contre un gars qui laisse le moteur à mazout de sa voiture tourner pendant qu’il va s’acheter des cigarettes dans le bar où nous sommes. C’est vrai que c’est extrêmement désagréable : 5 minutes avec un moteur qui tourne à vide, ça pue !!

Laurent, grand gaillard, de Grenoble, fait le trajet de son boulot en vélo : 34 km aller et 34 km retour. J’avais déjà bien cerné son côté écolo pendant le week-end vélo couché fin mars chez les maraîchers bio, à Pornic. C’est quelqu’un de très sympathique, ouvert, calme et aux propos remplis de bon sens. Je ne lui ai pas parlé de mon cabriolet BMW… J’ai honte… On parlait du vélotaf : le fait qu’il pleuve au moment de partir était le plus désagréable… Hormis ça, toutes les conditions sont envisageables : le vent, le froid, la pluie en fin de parcours… Laurent n’a jamais fait le Paris-Brest-Paris, mais le Bordeaux-Paris l’année dernière : une première expérience d’un 600 mais pas la même difficulté qu’aujourd’hui !!! Je lui parle de l’exceptionnelle ambiance du PBP, qui n’a rien à voir avec l’organisation du BP. Il programmera le PBP 2011 sur son agenda…

 

Les passants regardent nos vélos, assez étonnés. Je fais rigoler les autres quand une petite grand-mère, qui revenait du marché avec son cabas, me demande : « C’est pas trop fatigant votre machin, là ? ». Et avec un bon accent vendéen, je lui réponds :

- Ah ma brav’ madame, vous pouvez pas vous l’imaginez !! On n’a pas idée d’pédaler dans des positions pareilles !!

Eclats de rire des collègues…

- Non, je plaisante, madame, je vais vous expliquer…

En réalité, on est plus souvent fatigué de répondre à cette sempiternelle question que de pédaler. En général, le scepticisme fait écho à nos explications. Je n’ai pas été méchant avec cette pauvre petite grand-mère : je lui ai expliqué les raisons de mon « machin » puis elle est repartie, clopin-clopant, vers sa morne vie de petite vieille, avec son mou de veau et sa botte de poireaux… Je me félicite d’avoir été, l’espace d’un fugace instant un rayon de soleil dans son existence solitaire.

 

005-roch

 

On repart donc après une heure de pause. C’est trop long à chaque fois. Si j’avais été tout seul, je ne me serais pas arrêté aussi longtemps : la compagnie d’un groupe est pourtant bien agréable. On emprunte maintenant une des rares routes qui conduit à Brest, prochain point de contrôle, dans 95 km. On évite la route principale en passant par Huelgoat et une jolie route montante dans une forêt. Le chemin est encore long avant d’emprunter la route principale qui nous mènera vers le Roc’h Trévezel, point culminant du pays armoricain à 383m d’altitude. J’ai bien de la peine à reconnaître la route puisque je l’avais faite de nuit sur le PBP 2007, mais ça reste une certaine émotion de se remémorer ces passages…

La montée vers Roc’h Trévezel est longue mais pas très pentue. Je suis quand même à la traîne en compagnie de Didier et Laurent. Je prends mon rythme comme si j’étais tout seul. Je ne veux pas me faire trop violence. Sébastien, lui, avait repris du poil de la bête et avait tenu à sprinter pour arriver dans les premiers au « sommet ». D’autres vélos droits faisaient une pause là-haut, dans un rond-point.

 

006-après roc trévezel

Le Roc’h Trévezel – arrêt dans le rond point pour se couvrir

 

 

Pas mal de vent sur cette colline aux genêts, une terre à moutons, des rochers et peu d’arbres. On se couvre avant d’entamer la descente parce qu’on sent bien la fraîcheur : il ne fait pas plus de 15-16° quand le soleil ne paraît pas.

Gilles, nous attendant quelques mètres devant, s’impatiente un peu de nous voir nous couvrir pour la descente :

- Allez les chochottes, ne me dites pas que vous avez besoin de ça !!!

- Ben si =)).

Autant ne pas perdre d’énergie à lutter contre le froid…

La descente est bienvenue pour récupérer un peu et faire de la vitesse, mais Laurent n’est pas au mieux et ses braquets sont un peu courts au-dessus de 50 km/h. Didier et moi nous arrêtons pour l’attendre. Nous laissons filer les autres. Avec le soleil, il fait plus chaud et j’en profite pour enlever mon coupe-vent. Laurent nous rattrape enfin : il traverse un moment de moins bien. Il faut qu’il s’alimente mieux pour récupérer. Ca va revenir mais il faut qu’il s’économise un peu et reste dans les roues.

Dans un virage, on croise enfin Hervé le Du, seul, qui est sur le chemin du retour : il a facilement 3 ou 4 heures d’avance sur nous :

« - Allez Hervé !!! Vas-y, fonce !!! » lui crie t’on.

Quelques jours plus tard, sur le forum, il nous avouera avoir eu des frissons en nous entendant crier son nom. Au moment où il est passé, il avait quelques minutes d’avance sur un autre petit groupe : des vélos droits. Jean-lou, avec sa traction directe faite maison, n’était plus avec eux…


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