Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

007-Sizun

L’arrivée à Sizun

 

Enfin on arrive à Sizun. Marcel prend des photos de nos arrivées, à Didier, Laurent et moi. Pour une fois que je suis devant eux =)) !!

On dévalise une boulangerie. Moi, j’embarque 4 pains aux raisins. Deux que j’engloutis immédiatement et deux que je remets dans ma réserve pour manger pendant la nuit. Il ne me reste plus qu’un seul sandwich.

On s’est tous mis devant la voûte d’un très vieil enclos paroissial, tout en pierre et typique de Sizun. On continue de raconter des bêtises avec Sébastien. On parle aussi de la rencontre avec Hervé Le Du et du groupe de poursuivants. On essaie de faire des calculs pour savoir combien de temps il va mettre pour rallier Rennes. Il paraît bien parti pour atteindre son objectif de 20 heures. Il devrait arriver à Rennes vers 1 ou 2 heures du matin.

Sébastien a envie de chercher une pharmacie pour trouver un genre de pommade anti-douleur à passer sur les genoux. Ca commence à lui faire un peu mal. Il n’est pas à court de condition physique, mais à court de kilomètres en vélo, donc forcément, les genoux trinquent un peu. Marcel fait beaucoup d’étirements, lui qui n’a jamais dépassé les 280 kilomètres… Alex aussi.

De mon côté, je les sens bien mes genoux… mes pieds un peu aussi, surtout le pied droit à tirer sur la pédale, je ne sais pas trop pourquoi… Je desserre un peu les bandes velcro de mes chaussures pour soulager un peu. Heureusement qu’il ne fait pas très chaud sinon ça aurait été plus pénible encore avec les pieds qui gonflent.

L’état des lieux de mon vélo est correct : pas de rayon supplémentaire cassé, pas de crevaison… On croise les doigts. Pas besoin de remplir la poche à eau à nouveau. Faut que je fasse gaffe quand même, je ne suis pas très vigilant, je ne bois pas beaucoup : gare aux crampes !!

 

008-Sizun

Sizun

 

 

Sébastien a fait chou blanc à la pharmacie, il devra retenter sa chance ailleurs. On repart tous ensemble mais sur une route différente du PBP… Les organisateurs nous font tourner un peu avant de rejoindre Brest, histoire de faire des kilomètres et de nous faire passer par toutes les bosses raides du coin. Et il y en a !!! Une grosse descente puis une grosse montée et rebelote… On vire, on bifurque, on s’approche de Brest sans jamais l’atteindre et ça m’agace parce que je suis impatient d’arriver. A mon tour, je traverse un moment de moins. Marcel et Alex devant marchent bien et il m’est bien difficile de rester dans les roues. Je serre les dents par moment. On monte des morceaux à plus de 10%, pas longs mais ça fait mal aux cuisses…

Le GPS de Gilles nous joue quelques tours puisqu’on semble s’orienter sur une voie express pour automobile. On ne peut pas prendre par là… Demi-tour et recherche d’un autre chemin. On demande à des gendarmes en poste à un carrefour… Au bout de quelques hésitations et un peu d’énervement, on finit par trouver une route potable et à entrer dans Brest. On longe l’océan sur une voie cyclable avant de s’arrêter à l’auberge de jeunesse, près d’Océanopolis, où tout le monde a réservé un repas sauf moi. Je n’ai pas tellement l’intention de les attendre mais plutôt de repartir.

 

009-BrestArrivée à Brest

 

 

Il est 19h00 et j’aimerais bien continuer le plus longtemps possible tant qu’il fait jour et me reposer un peu pendant la nuit au moment où j’en aurais le plus besoin. Je sais aussi qu’il faut prendre des forces maintenant avec un vrai repas et que rouler seul à chercher mon chemin sera difficile psychologiquement. Sébastien finit de me convaincre de rester avec eux pour manger. Je réussis à négocier un repas avec l’organisation et m’installe finalement à la sympathique tablée.

Marcel, qui avait réservé le couchage ici aussi, est parti prendre une douche. Il nous rejoint frais comme un gardon alors que nous nous sommes contentés de nous asperger avec un peu d’eau dans les sanitaires. Malgré le frais relatif, les jambes et les bras sont collants et on ne sent pas la rose avec toute la transpiration. Je profite de l’attente du plat de pâtes pour téléphoner chez les parents et donner brièvement de mes nouvelles.

Le plat de pâtes n’est guère garni et on doit pleurer pour en avoir un supplémentaire.

« C’est cher pour ce qu’on a à manger !! »

Même le dessert semble digne d’une cantine d’école primaire : un simple gâteau sec emballé dans un sachet plastique… Heureusement qu’on a eu du rab de spaghettis sinon je faisais un scandale… =))

 

010-Brest

 

Repas terminé, on manque tous de courage pour sortir de table. Il ne faut pas traîner pourtant. Je suis le premier dehors et je commence déjà à me couvrir. Marcel nous accompagne à la sortie et essaie de s’arranger avec ses compatriotes Laurent et Alex qui, eux, s’arrêtent dormir plus loin, à Landernau… Ils ont l’intention de dormir 4 ou 5 heures. C’est sûr que s’arrêter si tôt pour Marcel n’est pas une bonne chose. Il va avoir du mal à trouver le sommeil tout de suite et à se lever ensuite entre 3 et 4 heures du matin… Finalement, les 3 trouvent un arrangement pour repartir dans la nuit et se rejoindre du côté à Landernau.

On repart donc à 6, en reprenant le long de l’Atlantique par le vieux pont, celui qui longe le beau pont à haubans… Didier nous crie :

- Regardez, c’est le pont de Normandie, on dirait bien qu’on s’est trompés de route !!

- Merde, oui, t’as raison !! =))

C’est l’occasion d’une autre pause, 3 kilomètres après être partis… Ca profite à Laurent qui a un problème avec une roulette de chaîne.

On demande à des passants de nous prendre en photo devant le pont, avec tous nos vélos couchés. Il y manque juste Marcel. L’équipe est joyeuse… On fait « Ouistiti !!!! »…

 

011- pont Brest

 

 

 

On reprend le chemin de Landernau et on quitte vraiment Brest. Les jambes sont lourdes après autant d’arrêts. Les nuages sont menaçants et quelques gouttes viennent obscurcir mon optimisme :

- Je sens qu’on va avoir droit à la pluie… T’as vu les nuages ? C’est notre direction !

Je ne sais pas si c’est pour se rassurer lui-même mais Sébastien me répond :

- Mais non, tu vas voir, c’est rien…

- Mouais, je suis un peu sceptique…

La route est bien détrempée mais on ne reçoit presque pas de pluie… On a échappé de peu à l’averse et les nuages noirs semblent s’éloigner. J’espère sincèrement, parce que rouler sous la pluie en pleine nuit quand il ne fait pas très chaud est un calvaire… Le PBP en 2007 avait été source d’un grand nombre d’abandons pour ses conditions dantesques et je n’ai pas vraiment envie de revivre les mêmes conditions.

Alex et Laurent nous ont faussé compagnie à la faveur d’une côte et on entre dans Landernau sans pouvoir leur dire « à demain ». Un rayon de soleil traverse un épais nuage juste derrière nous et l’image paraît irréelle devant nos roues. Nos ombres projetées sur le sol sont très longues et la luminosité baisse. On commence à mettre les éclairages arrières. Et les montée vers Sizun et le Roc’h Trévezel commencent…

Je commence à avoir l’esprit dans le brouillard : pas encore le sommeil mais la fatigue ou la digestion qui font leur effet. On rigole déjà beaucoup moins. L’ambiance est désormais studieuse et concentrée : on roule dans la nuit qui commence à tomber. Les arrêts sont assez fréquents, ou pour mettre un gilet, ou pour allumer un loupiotte, ou pour régler un phare qui décline… Le pédalage devient mécanique. Je n’avais pas fait le plein de ma poche à eau à Brest et ce sera juste pour aller jusqu’à Carhaix comme ça.

 

L’arrêt à Sizun tombe bien. Il est près de 22h et on se propose de prendre un café dans le bar ouvert. Des jeunes, qui commencent à s’alcooliser (que pourrait-on faire d’autre en Bretagne ? ;-)) ), nous regardent interrogatifs :

- Vous arrivez d’où comme ça ?

- On vient de Brest, mais on n’est parti de Rennes ce matin… On y retourne là…

- Nooonnn… Vous déconnez ?

- Non, non.

C’est sûr, ça surprend un peu, même si nos vélos laissent augurer des propriétaires assez tordus pour tenter ce genre de truc… =).

- Et c’est quoi vos engins ?

- Ce sont des vélos couchés.

- Et c’est quoi l’avantage par rapport à un vélo normal ?

- Toujours la même chose : le confort, et suivant les modèles, les performances sur plat ou dans les descentes grâce à l’aéro…

- Ah bon ?

- Oui…

Quand ils ne finissent pas par trouver que nos engins sont dangereux, en général, la conversation est ouverte. Malgré toutes nos explications, parfois lassantes pour nous, les gens semblent sceptiques, comme d’habitude…

 

Je profite de cet arrêt pour remplir ma poche à eau et mettre de la poudre énergétique. Les autres font de même après ce petit café ingurgité rapidement. Le départ du bar se fait sous quelques rires des jeunes du bar. La pénombre nous oblige tous à mettre les éclairages frontaux : moi, ma lampe principale et ma frontale sur le crâne, Gilles deux lampes qui arrosent la route, Sébastien une lampe à diode alimentée par batterie assez puissante et Didier avec son éclairage bricolé qui, lui, arrose comme une moto : impressionnant !! Il a une position code et plein phare. Il reste souvent derrière nous pour nous éclairer la route mais il vaut mieux ne pas l’avoir dans le rétro…

La montée vers Roc’h Trévezel est plus facile de ce côté-ci et nettement plus roulante. On arrive en haut sans trop de difficultés, toujours l’esprit dans le vague. On voit à peine le grand pylône de télécommunication, noyé dans un petit brouillard ici. Je commence à bailler. Le froid commence à venir : j’enfile mon coupe-vent et mes jambières pour affronter la descente. On ne dépasse pas les 60 km/h. J’ai un peu peur qu’un animal traverse la route d’un seul coup. Je n’ai jamais trop peur de ça d’habitude et là, ça me freine soudain…

La route est longue mais roulante…

 

Après presque 3 heures de route, on ne tarde pas à entrer dans Carhaix… Il est quasiment 1h du matin et on cherche une boîte aux lettres pour poster notre carte postale : le tampon de la poste fait foi de notre passage à Carhaix au retour. On indique aussi l’heure de passage pour prouver qu’on n’est pas hors-délai. On croise un couple qui se promène ou sort d’autres bars. Gilles leur demande où on peut trouver un bar qui soit encore ouvert. Pas loin d’où nous sommes, on se dirige vers l’un de ceux que le couple nous avait indiqué.

Alors qu’on s’installe à une des tables, la patronne nous dit qu’elle va fermer… Pourtant, il y a encore du monde dans son café, notamment un gars qui se met à nous poser des questions sur nos vélos, les mêmes que d’habitude :

« C’est quoi l’intérêt de ces engins ? Ca s’appelle comment ? C’est pas difficile à conduire ? »

Vu son état éthylique avancé, ça m’étonnerait qu’il ait réussi à rester en équilibre dessus… =) Puis il s’est mis à me parler des manifestations des agriculteurs pour le lait et le fait que les journaux télévisés aient parlé de Carhaix. Très fier de ça qu’il était…

J’écourte la conversation et on change d’endroit pour trouver un autre café ou bar ouvert. Il y en a dans une autre rue avec force jeunes délurés fortement imbibés qui ne s’entendent plus gueuler comme des veaux… Ils sont à fumer à l’extérieur du bar adjacent. On laisse nos vélos dehors non sans une certaine appréhension pour s’enfermer dans un bar de nuit… Encore une fois, beaucoup de regards interrogatifs… 4 cafés commandés et un des piliers du bar commence à m’emmerder… Un grand gaillard, d’une bonne cinquantaine d’années, cheveux gris longs hirsutes : je ne comprends vraiment pas grand’chose à ce qu’il me dit mais apparemment, il faisait du vélo par le passé et était assez bon… Comment on peut croire un gars qui a plus de 2g d’alcool dans le sang… ? Mes camarades rigolent de voir qu’il m’a pris comme confident. Je fais pourtant tout pour l’ignorer et faire comme s’il n’existait pas mais il revient à la charge à chaque fois pour me répéter les mêmes choses que je ne comprends qu’à moitié… En plus il postillonne. Pfffff… On a pas loin de 400 km dans les jambes, ça fait presque 23 heures que je suis réveillé, on va affronter les bosses terribles de Côte d’Armor et je n’ai pas besoin qu’on m’emmerde !!! On sort enfin de ce bar où le patron nous harponne malheureusement au niveau de la porte de sortie… Mince !!!

- Vous savez, le gars qui vous parlait, là, c’est un ancien coureur… C’est vrai qu’il gazait vachement bien dans la région…

- Oui, c’est vrai ?

- C’est vrai, c’est pas des conneries, j’vous le dit… C’est un coureur qui courait vachement bien y’a quelques années… C’est un vrai bon gars.

- Oui, sans doute, l’alcool n’arrange pas les choses…

- J’vous le dit, c’est un bon gars… C’était un bon coureur… Il gazait vachement bien dans la région…

Merde, le patron du bar en a un coup dans l’aile aussi… Il ouvre enfin la porte… Ouffff…

- Tirons-nous d’ici, maintenant.

 

On décampe le plus vite possible mais on se fait encore emmerder par 4 branleurs dans une 306 blanche avec un « A » au cul… Ils démarrent en trombe en faisant crisser les pneus…

« - P’tits cons !! »

Alors qu’on s’est arrêté à un rond-point pour retrouver notre chemin et chercher la direction de Maël-Carhaix, revoilà la 306. Ce coup-ci, Sébastien et moi, qui étions un peu à la traîne dans ce rond point, commençons à avoir un peu les boules : ils conduisent comme des malades et deviennent franchement agressifs… Il s’arrêtent à la hauteur de Sébastien et l’insultent. Il ne répond rien. Qu’est-ce qu’on peut faire contre des gars emmêchés ? On ne sait pas de quoi ils sont capables et avec nos pauvres vélos, on ne peut pas grand’chose contre une tonne de ferraille… Ils finissent par redémarrer comme des fous.

- Ne moisissons pas ici !!

On retrouve Gilles et Didier un peu plus loin ainsi que la direction de Maël-Carhaix… Carhaix reste un mauvais souvenir. On dit bien que les Bretons sont des sacrés buveurs et que l’alcoolisme est un fléau chez les jeunes, mais là, ils cumulent 2 tares et ce n’est pas qu’une légende…

 

Peu à peu, le manque de sommeil commence à se faire sentir. Les kilomètres s’enchaînent mécaniquement, Didier nous éclairant de derrière, Gilles ouvrant la route avec son GPS et moi me trouvant bien souvent à la traîne à la faveur des bosses. Sébastien traverse des moments de moins bien de temps en temps : le sommeil attaque ceux qui étaient un peu courts en la matière. On commence tous à sentir les effets du marchand de sable et il faut lutter pour garder les yeux ouverts. C’est par vagues. Didier m’avoue aussi avoir des coups de fatigue. Ca me rassure. Moi, je suis obligé de puiser dans les réserves à chaque fois pour les suivre et de forcer plus que ce que j’aurais fait tout seul. Quand j’ai 50 mètres de retard, il me faut fournir un gros effort pour revenir à leur hauteur : je suis leur lumière au travers des virages et je fonce dans la nuit, parfois à plus de 35 voire 40 km/h sur le plat. Les vélos couchés, ça roule vite.

On dépasse juste un vélo droit dans la nuit, dans une côte… Pas un mot, il n’est pas au mieux. On affronte les côtes les plus raides, celles que je craignais à l’aller… Pas loin de 10%, que nous avait dit Laurent.

- Bon sang, c’es raide !!

- Oui, on n’avance pas bien vite…

 

Il n’y a pas de circulation sur ces petites routes… On rejoint Corlay, désert, où on fait une pause : Sébastien file se coucher sur un banc, il a vraiment du mal. Je l’imite rapidement mais je n’ai pas envie de dormir sur le moment. Au bout de 20 minutes, il faut repartir : je le force à se lever en l’appelant plusieurs fois. Gilles et Didier nous attendent. Un autre vélo droit traverse la commune. On ne tarde pas à le rattraper et à le déposer : même avec la fatigue, on va plus vite que lui.

 

On est de retour sur des petites routes et c’est reparti pour le toboggan : ça monte, ça descend, parfois très vite. On dégringole certaines descentes dans l’obscurité à pas loin de 65-70 km/h… Les inconscients !! Heureusement qu’il ne fait pas trop froid pendant la nuit, la température n’est pas descendue en dessous de 10° je pense… Dans les montées, on transpire un peu, mais on ne grelotte pas trop dans les descentes ! Ce régime de montagnes russes est usant, le rythme est élevé et les coups de barre sont fréquents… Vivement que la nuit soit passée.

Toujours il faut lutter, demander au cerveau un sursaut de concentration, écarquiller les yeux le plus grand possible alors qu’ils ne demandent qu’à se fermer… Les nuits en longue distance sont toujours effrayantes pour cette raison : le combat contre soi et la volonté de dormir… Je manque parfois de perdre l’équilibre et je fais des écarts violents : c’est tout le corps qui réclame une pause de récupération… Ca dure 15-20 minutes où il faut dire « non » à Morphée, étendue, lassive, sur un lit King Size recouvert de draps de soie… Je l’approche, elle me tend la main en laissant une bretelle de nuisette en dentelle glisser sur sa peau si douce, si douce… si douce…

- HEEEE LA !!!

C’est Didier qui crie. J’étais sur le point de rouler dans l’herbe sur le côté… Ne pas laisser l’esprit vagabonder. Je dois rester concentré sur mon compteur, sur ma vitesse, sur suivre les autres… Pour moi aussi c’est dur…

 

On suit toujours Gilles et son GPS… disons « aveuglément »… Au bout d’un moment, il semble un peu perdu et cherche le bon chemin, du côté d’Uzel, où règne un enchevêtrement de petites routes à 4 grammes. On a loupé la bonne route. En filant, Gilles cherche à retomber sur le bon chemin, mais on semble d’éloigner, sur un chemin qui semble de plus en plus étroit et abîmé… On s’arrête.

« Il faut rebrousser chemin ! Je me suis trompé. » dit-il.

Mince, on a grimpé pendant ces 10 dernières minutes pour rien… Il faut redescendre. De la fatigue pour une mauvaise route. De nouveau, c’est une descente rapide.

- On avait grimpé tout ça ?

- Ben oui, faut croire…

- On s’en est à peine rendu compte…

- Moui, c’est vrai, on est complètement cuits, on ne se rend plus compte de rien…

- Pareil.

Gilles s’excuse de s’être trompé :

- Désolé les gars, vraiment, on a perdu du temps et fait du chemin pour rien…

- On aurait bien tort de t’en vouloir : depuis le début, on ne regarde même pas la carte grâce à toi. On se serait bien planté plus souvent sans toi.

Il y a des carrefours un peu partout, des priorités à droite et pas trop de panneaux de direction, c’est vrai que c’est perturbant… Et Gilles nous sauve encore une fois, alors qu’on l’a lâchement laissé partir en éclaireur… Il nous rejoint alors qu’on s’est arrêté à un carrefour :

- Ca y est je l’ai, c’est un peu plus loin en descendant encore… Encore désolé…

- Mais non, mais non, t’as pas à t’excuser…

 

Le jour commence à poindre enfin. Le bon chemin est pris, c’est tortueux et le revêtement n’est pas bon du tout. On était pourtant pas très loin de Loudéac. On en approchait sans pouvoir y toucher. Encore une dizaine de kilomètres… L’obscurité laisse doucement sa place à l’aube qui se lève : le ciel prend une couleur bleu marine puis tend vers l’orangé…

Après encore pas mal de bosses, Loudéac se laisse enfin voir. Plus que 2 kilomètres et on arrive au local de pointage… On vit l’arrivée à Loudéac comme un soulagement : la fin des grosses côtes « toboggan » et la possibilité de se restaurer…

06h du matin : arrivée au local de pointage : personne. Juste un petit vestibule ouvert avec un tampon du club et un crayon, posé sur une table pas très propre, pour autographier notre carnet de route. Rien à manger, pas de sandwiches à vendre… On est quand même heureux de poser enfin le pied par terre mais je manque de me casser la figure.

On est tous déconfits : le parcours nocturne, houleux, a laissé des traces… On se regarde les uns les autres : nous sommes pitoyables et hagards, les yeux vides, avares en paroles… Didier rompt le silence :

- Je sais pas pour vous, mais moi, ça fait bien longtemps que j’ai pas été dans un état pareil…

Je lui réponds :

- Content de te l’entendre dire. Pareil, je suis cuit. J’ai pas souvenir d’avoir été comme ça dans des sorties récentes, sauf quand j’ai commencé la longue distance y’a quelques années… Saloperies de bosses…

Ni Didier ni moi n’avons la force de sortir l’appareil photo… Gilles et Sébastien demeurent silencieux...

Partager cette page

Repost 0
Published by

Presentation

  • : Le blog de Bertrand
  • Le blog de Bertrand
  • : Récits de vélo couché sur les épreuves longues distances... Des liens vers des photos de vacances, paysages... Quelques astuces pour le montage de roue de vélo...
  • Contact

Le Moi

  • Bertrand
  • Amateur de vélo couché depuis mon premier Paris-Brest-Paris, d'abord en trike puis en 2 roues couché... pour le confort, pour la différence...
  • Amateur de vélo couché depuis mon premier Paris-Brest-Paris, d'abord en trike puis en 2 roues couché... pour le confort, pour la différence...

Recherche

Liens