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On reste un moment près du local. Mais on est exposé au vent qui se lève, au Nord. La météo l’avait prévu : ça va forcir dans la matinée. Il ne fait pas très chaud. Il faut bouger dans le centre de Loudéac et chercher une boulangerie ouverte. Pas facile à cette heure-ci. On tourne un moment sans rien trouver d’ouvert puis on se réfugie près de l’Eglise où un coin d’herbe nous attend. On se couche là en attendant l’ouverture de la boulangerie juste à côté. Ca tombe bien, elle fait aussi salon de thé… On pourra prendre un café aussi.

Didier, lui, cherche une boucherie pour acheter du jambon blanc. Ca irait bien avec une bonne baguette.

 

Vers 7 heures moins le quart, la jolie madame la boulangère, d’une trentaine d’années, brune à lunettes, toute mince, ouvre la porte. Elle ne semble pas surprise de nous voir et nous accueille très poliment. Gilles et moi entrons alors que Sébastien est toujours couché dans l’herbe et Didier en quête de jambon… On s’assoit à une table et on commande une tournée de cafés. On se regarde. On fait peur à voir. On se frotte les mains contre le visage comme pour le réveiller mais ça ne fait que tirer encore un peu plus les traits. On prend notre café et nos viennoiseries quand Didier et Sébastien nous rejoignent… Le café réveille l’estomac endormi et sa douce chaleur nous donne un peu de réconfort. Ca fait du bien.

J’engouffre 2 pains aux raisins et en garde un pour la route qui reste : plus que 120 kilomètres : comme une grosse sortie du dimanche matin. Vu comme ça, j’ai l’impression d’avoir déjà terminé… je visualise déjà la route dans ma tête : il n’y a que la montée vers Bécherel qui est longue et assez dure : on aura le vent de travers la plupart du temps, de face sur une portion de grosse départementale pendant 4 km et de dos les 30 derniers kilomètres entre Tinténiac et Rennes… Ca y est, je suis arrivé… non, pas encore…

 

On repart vers 07h30. C’est comme si c’était une toute nouvelle rando qui commençait : je me sens requinqué et près à foncer. Gilles est plus pressé et décide de prendre son propre rythme. J’ai moi aussi envie de le suivre et rouler vite sur les portions plus faciles qui nous attendent. On quitte donc nos Normands Didier et Sébastien pour rouler en relais… Bon sang, là, ça va un peu vite : plus de 30 km/h dès que c’est plat. Je ne sais pas si je vais tenir très longtemps à ce rythme. Au bout de 10 kilomètres et à la suite d’une descente et d’un ralentissement, Didier nous rattrape tout seul…

Je lui demande :

- Bon sang, t’as dû allumer derrière nous, parce qu’on roulait pas mal !!!... Il est où Seb ??

- Mince, je l’ai décroché…

- Bon, je vais l’attendre… Gilles va un peu trop vite pour moi.

Didier et moi nous arrêtons dans une côte, à côté de la Trinité-Porhoët, et laissons partir Gilles tout seul.

- Salut les gars, bon courage pour la fin !!

- Merci, à toi aussi, et merci aussi pour avoir ouvert la route !...

- A la prochaine !!

 

De l’endroit où on est, vers la fin de la côte, on voit arriver doucement Sébastien… Il prend un rond-point, 100m plus bas, et nous rejoint enfin. Comme il ne s’arrête pas et continue sur sa lancée, nous redémarrons juste après et le rattrapons :

- On n’est pas des vrais copains dis ? T’as vu ça, on ne te laisse pas tout seul !! luis dis-je en rigolant.

- Ah oui, merci… Mais je suis un peu naze. Faudra que je m’arrête. J’arrive pas à récupérer de la nuit.

C’est que c’est dur dans chaque bosse… Huit kilomètres plus loin, juste avant Ménéac, un gamin en VTT se met à faire la course avec nous… Malgré notre fatigue, on pédale pourtant pas si mal mais il parvient à nous suivre, rattrapant même Didier qui nous avait un peu décroché. On voit Didier accélérer à l’approche du gamin, qui grimpe bien, en danseuse sur son vélo :

« Laisse-le gagner !! » lui crie Sébastien, juste en entrant dans Ménéac.

- Ben dis-donc, il est costaud ce gosse !!

Et on s’arrête une fois encore à Ménéac. On mange un morceau de ce qui nous reste dans les sacoches, moi, le pain aux raisins de Loudéac... Le gamin reste en notre compagnie, à nous regarder. Le vent nous refroidit. Il ne faut pas rester trop longtemps ici… J’ai un coup de moins bien avec cet arrêt et une bonne envie de dormir. Je baille malgré la lumière apportée par le timide soleil. Il joue à cache-cache avec les nuages. Le temps est par moments menaçant et le vent est de plus en plus fort.

Nous quittons le gamin et sortons de Ménéac vers 09h00.

Pus loin, nouvel arrêt en campagne, à la faveur de la présence d’un champ de blé. Cette fois, Sébastien veut dormir. Il ne peut plus rouler. Nos chemins se séparent donc ici. Didier et moi le laissons s’allonger dans le champ et parton pour les 80 derniers kilomètres, pas tambour battant mais à un bon rythme.

Les kilomètres s’enchaînent, les communes traversées commencent à se réveiller et à s’agiter : Illifaut, St Méen-le-Grand, patrie de Louison Bobet… Puis on attaque un morceau de départementale en vent de face avant de reprendre une route à droite, un peu plus protégée du vent : Quédillac, Médréac, et on approche de Bécherel : ça monte pendant un sacré bout de temps. Je vois à peine la côte car Didier me raconte quelques uns de ses exploits en vélo couché : comment il a dépassé et tenu tête à un club de très bons coureurs en entraînement. Il avait un vélo couché très bas : un Baron Xlow fabriqué par les Hollandais de chez Optima. Le groupe de coureurs avec leur voiture d’assistance tentait de le rattraper, et Didier lui était à fond, en train de se dépouiller, mais ils ne l’ont pas rattrapé. La voiture d’assistance s’est mis à sa hauteur pour lui dire : « c’est bien mon gars !! ». et Didier a ensuite tourné sur une petite route à droite, laissant filer les coureurs… Il a terminé sa sortie dans un état pitoyable tellement il s’était déchiré… Il était rincé, mort. Il me dit en riant : « Dans une petite bosse près de chez moi, j’étais tellement cuit que j’ai dû monté à 6 ou 7 à l’heure… Heureusement que les autres ont pas su que j’étais à bloc =)) »

Bécherel était monté. C’était la dernière difficulté du brevet. Maintenant il ne reste plus qu’à descendre sur Tinténiac : dernier contrôle avant Rennes. Pendant le Paris-Brest-Paris, je me souviens que ça roulait très vite sur cette portion qui s’étale sur un bon revêtement. On n’échappe pas à la règle cette fois-ci non plus : avec nos armes fatales, Didier et moi sommes sans cesse à plus de 35-40 km/h, roue dans roue et les kilomètres passent très vite dans ces conditions… Ca enfile, ça enfile, et Tinténiac est enfin en vue.

Sur le petit papier que nous a donné l’organisation, un tampon pour valider notre passage à Tinténiac doit être disposé près d’un portail blanc, à une maison près du carrefour, route de Dinan. On ne tourne pas longtemps avant de le trouver : le temps de mettre l’heure de passage sur le carnet de route et de le tamponner et on est reparti.

Désormais, on file plein sud avec le vent enfin de dos en direction de Rennes. Plus que 30 kilomètres !! On ne parle plus beaucoup ou juste pour se demander la route à prendre. On est pressés d’arriver. Malgré un petit arrêt à cause de ma chaîne qui avait sauté d’une roulette, on ne fait plus de pause, comme si c’était la fin d’une petite sortie et qu’on se tirait la bourre : nos jambes sont neuves ou presque. On arrive… On arrive…

 

L’entrée dans Rennes est laborieuse : on ne connaît pas la route pour revenir au Gymnase. Je me souviens juste de ma carte pour venir en voiture. On consulte une carte à un arrêt de bus pour regarder où on est et où on va. On s’engage sur le bon chemin et un groupe de vélos droits nous rejoint alors que nous sommes arrêtés à un feu. Eux connaissent le chemin : nous n’avons qu’à les suivre… On les regarde de derrière : ils ne peuvent plus se tenir assis sur la selle : dès qu’ils le peuvent ils se mettent en danseuse…

« On n’a pas ce problème nous =))) ».

 

On arrive enfin au gymnase, sous un soleil brûlant, juste un peu avant 14h… Les 600 km ont été bouclés en 33h… Fin de cette belle aventure. Je suis fatigué mais content. Grâce à mes compagnons, le temps m’a paru bien court.

 

Jean-lou est là à attendre le reste des vélos couchés. Il nous raconte qu’Hervé Le Du est arrivé en un peu moins de 20 heures, 16 minutes avant ses poursuivants, et qu’il était très content. Jean-Lou l’avait accompagné jusqu’à Brest puis avait laissé partir les plus costauds. En raison d’un problème de phare, il s’était arrêté dormir sur une pelouse à Loudéac. Il nous racontait ça avec un mélange d’accent à la Philippe Manœuvre et de lenteur suisse. Jean-Lou est un Parisien de 38 ans, maître de conférence en informatique dans une faculté et fabrique ses propres vélos…

Gilles était déjà parti.

Sébastien arrive 30 minutes après Didier et moi : il a dormi 3 quarts d’heure et ensuite il pétait le feu et est revenu sur rennes en roulant à fond. Sa femme et ses enfants l’attendent sur le parking. Didier s’en va : un ami l’attend.

Seb et moi filons prendre une douche et on passe un bon moment à discuter avec Jean-Lou et d’autres cyclos longue distance. Marcel, Alex et Laurent arrivent vers 16H30… Je leur dis bravo et au revoir.

 

Je reprends la route vers Fay-de-Bretagne en voiture. La route me paraît interminable tellement j’ai sommeil. Malgré tout, je ne me couche pas tout de suite. Après une nuit de 8 heures, je me lève pour reprendre le boulot. Les cuisses sont dures…

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