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Samedi matin – Jour J – 4h50 Put… de mer… (pardon)

 

Mon réveil sonne, toujours de manière aussi désagréable, surtout quand il est tôt et que je dois quitter ma grande liane africaine… « Désolé, je dois te quitter, ô déesse noire, ange de mes nuits… S’il te plaît, tu peux éteindre mon téléphone portable avant de partir ?... Merci… J’te rappelerai… »

J’allume la satanée lumière… cet espèce de néon jaune à la tête du lit…

Pfouuu… Je m’assois sur le lit… J’ai très mal dormi… Trop chaud, trop stressé ?

Je lance à Sébastien :

« Je crois que la nuit prochaine va être dure »… Faire une nuit blanche à la suite de cette dernière qui n’a pas été bonne… Quel cadeau !! Je le crains…

On enfile nos affaires de vélo, à peine sèches après la rapide lessive d’hier soir, glaglagla… On sort les vélos de la chambre… Il fait doux dehors et d’autres cyclistes quittent aussi leur chambre.

Je ne sais plus si je mange un peu de mes victuailles mais Seb s’enfile une banane…

On accroche tout notre barda sur nos vélos et vérifions que nous ne laissons rien dans les chambres. On s’élance à 5h15 dans l’obscurité avec l’aube juste naissante. Nous avons 8 kilomètres à faire pour nous rendre à Tresses en suivant le GPS. Je me casse la gueule à l’arrêt (saloperie de vélo couché) alors que Seb me dit qu’il vaut mieux faire demi-tour et prendre la route juste avant à droite.

OK, je repars… Après moultes giratoires, feux et sens interdits pour cause de travaux, nous arrivons à Tresses vers 5h40…

Des cyclos sont déjà partis !?! Comment ça se fait ?

Bon, on laisse nos sacs à l’organisation : les affaires qui ne nous serviront qu’une fois l’arrivée à Paris franchie. Nos montures sont déjà un peu plus légères. On prend le petit déjeuner offert (très frugal) et Dominique, qui était arrivé de bien plus bonne heure nous rejoint : il a eu la gentillesse de nous attendre.

Nous sortons peu après et rencontrons Dolmen et Isard, d’autres vélocouchistes. Ca fait plaisir.

Une petite photo pour la route pour la vidéo de Dolmen… Sympa !!

Seb a déjà repéré 2 nanas qui vont prendre le départ elles aussi. Il a l’œil le bougre !! Dès le matin !!

 

On pointe au contrôle de départ : 06h05.

 

On attend un peu qu’il y ait un petit groupe qui parte… Oh, on voit les 2 filles partir… Allez, on y va…

Frais comme des gardons, malicieux comme des gamins, on roule comme des dératés pour les chasser… C’est le mot parce qu’elles roulent assez vite toutes les deux !! Elles remontent tous les petits groupes et nous, on s’accroche un peu derrière elles !!

Je pense en moi-même : « elles ne sont pas en train de se griller un peu là ? Elles ne sont pas en sur-régime ? »… A moins qu’elles ne soient d’un très bon niveau. Elles ont chacune un petit sac à dos : sans assistance ? Une raison de plus de les apprécier =)).

Nous commençons à former un petit groupe au lever du jour : les 2 filles emmènent très souvent, 3 ou 4 autres vélos droits, Seb et moi puis Dominique qui ferme toujours la marche en prenant l’abri…

Il commence déjà à faire chaud et je rêve d’enlever ma chasuble et de déconnecter ma dynamo qui me pompe des Watts psychologiques.

A la faveur d’une côte, le GPS de Seb tombe par terre… Premier arrêt. Je l’attend et en profite pour enlever ma chasuble jaune et éteindre mon phare… Bon sang, il faut qu’on rattrape ce petit groupe !! Non pas pour retrouver l’abri d’un groupe mais pour pouvoir se motiver en suivant de jeunes femmes au physique tout à fait charmant (là-dessus, unanimité partagée entre Seb et moi).

La chasse est lancée…

1 kilomètre plus loin… Cling cling cling cling cling cling…

« Qu’est ce qui de passe encore ??? »

« Ton fil de dynamo tape dans les rayons à l’avant !! » me dit Seb…

« Mince »… Pas grave. Mais arrêt express pour rerouter ce fil… On perd encore du temps !!

On est reparti. On roule à 40km/h sur une portion favorable pour les rejoindre. Jonction effectuée à l’entrée de Libourne. Ouff…

« Coucou Dominique !! Toujours dans les roues ? =)) »

On se remet un peu à l’abri. Le groupe roule à un bon rythme entre 30 et 35 km/h et les filles ont tendance à en remettre une couche quand le rythme diminue… Bon sang !! Elles sont costaudes quand même !!!

A croire qu’on a trop picolé la veille, car vient le temps des arrêts pipi… Encore des occasions de perdre le séduisant groupe…

Arrêt pour Seb et moi, inséparables… On prend le temps quand même…

Et ensuite re-chasse derrière. Sur ces longues routes plates, nous roulons facilement entre 35 et 40 km/h sans trop penser qu’il nous reste encore plus de 550km à faire… Jonction effectuée encore peu de temps après.

Le groupe s’étant formé de manière assez homogène, nous commençons à entamer la conversation entre nous tous…

Je me place à côté de l’une des jeunes femmes…

 06

 

Elle est assez grande, plutôt mince, en tout cas portant bien l’habit cycliste.

Tel le renard approchant sa proie, tapi dans l’ombre, prêt à bondir, je lui lance une oeillade fatale à travers mes verres de lunette bleu fumés…

Paf… Elle tombe sous le charme… Classique.

Ayant remarqué son beau destrier, un cadre LOOK à la déco très réussie, je lui fais la remarque…

« J’adore ces cadres-là… j’avais le même modèle quand je roulais en vélo droit. Un excellent vélo ! »

Et là, repaf… Elle tombe dans le piège et me répond longuement :

« Oui, moi aussi ! »

Après une telle réponse, si longue et pleine de sens, j’ai compris qu’elle était devenue complètement accroc à ma personne et je décidai de tempérer ses ardeurs…

« Calme-toi, jeune tigresse intrépide… Derrière mon corps superbement ciselé, physique d’athlète certes et mannequin pour les strings léopard à mes heures, j’ai aussi un cœur sensible que tant de femmes magnifiques ont déchiré… »

Du coup, on s’est mis à parler de vélo…

Elle est triathlète et ses performances m’ont appris qu’elle roulait assez bien et pouvait bien encaisser la distance du Bordeaux-Paris. Elle me confiait vouloir faire un Ironman pour ses 40 ans… j’ai supposé qu’elle en avait 38 ou 39…

En croisant les infos avec Seb, on a appris que sa collègue, à la voix suave, au visage doux et aux yeux à décaper du papier peint collé à la Super Glue 3, avait pris le dossard de son copain, blessé je ne sais plus à quel endroit, de toute façon, on s’en fout de ce mec-là…

Elle aussi est sans assistance. Elle fait de la longue distance et du vélo pour le plaisir des rencontres (la chance qu’elle a de me rencontrer). Elle n’a pas d’objectif de temps, juste finir et profiter…

 

A la défaveur de quelques bosses qui commencent à émailler maintenant le parcours, un des cyclos présent dans le groupe lâche prise, je pense qu’il était un peu en sur-régime… Moi-même, je laisse filer un peu le wagon par moments, un peu plus que Sébastien qui monte pas mal du tout. Et Dominique semble très bien monter les bosses. On est assez étonnés : il freine dans les descentes pour rester avec le groupe et force un peu plus dans les bosses. J’ai l’impression qu’il arrive à tirer un peu sur les bras avec le guidon central pour s’aider… Nous, on profite de nos vélos couchés pour prendre de l’avance dans les descentes et lâcher les freins le plus possible, même par moments un peu limite dans certains virages.

Le revêtement se dégrade et la route devient plus tortueuse et vallonnée. Et je commence à scruter mon compteur parce qu’on a dépassé les 100 bornes et que le contrôle de Marthon est sensé approcher.

J’ai tendance à faire l’élastique avec le groupe : lâcher dans les côtes et revenir dans les descentes. Un autre groupe de cyclos nous a rattrapés et tout se disloque désormais au gré des bosses. C’est là qu’on voit les différences de niveau et les différences entre vélos de coursiers assistés et les autres qui traînent leur barda avec eux. 4 ou 5 kilos de plus, ça compte… Encore plus quand les vélos sont lourds à la base. La valse des voitures suiveuses a déjà commencé : des fourgonnettes, des monospaces, toujours les mêmes qu’on a vu, qu’on revoit et qu’on reverra sur le tracé…

On passe Villebois-Lavalette et son château, bosse où je m’accroche pour suivre le groupe mais où je dois m’incliner… Pas grave, je rattrape après… Notre petite cyclo que je vais appeler pour l’occasion « Voix suave » commence à accuser le coup, malheureusement. Elle prend les côtes au même rythme que Seb et moi mais ne peut parvenir à revenir dans les descentes comme nous et on la lâche au gré d’une descente… Je ne sais pas si on la reverra… Mince... Par contre, la triathlète, que je vais appeler pour l’occasion « la triathlète, attirante gazelle aux jambes sveltes et bondissantes », accroche toujours très bien et n’a aucune difficulté à suivre…

A la faveur d’une autre bonne descente, je prends le large du groupe et me retrouve détaché pour aborder la côte suivante en douceur. Le groupe recolle, forcément… j’ai 136 km au compteur : on aurait dû passer le contrôle de Marthon depuis 4 km et j’aperçois un panneau indiquant 4 km encore !!! Ca m’agace ces inexactitudes !! J’en fais part à Sébastien qui, faute de compteur vaillant, me demande souvent combien de kilomètres on a ou combien il en reste… Je luis dis :

« - En théorie, on a passé le contrôle depuis 3 km, si on tient compte de l’inexactitude du carnet de route, peut-être liée à une faute de frappe ou tout simplement au contexte géopolitique des conflits départementaux, ou aussi de l’incompétence des organisateurs à calculer correctement, ou…

- Abrège !!

- Il reste 4 km…

 

Et on arrive enfin au point de contrôle C1, près d’un bar et d’un petit parc… Les voitures suiveuses et les camping-cars sont en nombre pour assister certains participants. L’organisation a prévu un chapiteau et des tables. Ils proposent des sandwiches… payants. On ne traîne pas. On rencontre Pascal en Nazca Gaucho, haut vélo couché de randonnée, suspendu mais lourd, parti plus tôt que nous de Tresses. On fait le plein des bidons au bar où je commande en plus un Coca et Seb un Perrier… Dominique arrive peu après. Il fait bien chaud et, au moment où nous nous apprêtons à partir, « Madame Isard » nous hèle. Je ne la reconnais qu’au dernier moment. Elle promène son chien et attend l’arrivée d’Isard. On la salue et on y repart, ce coup-ci rien que Seb et moi… On laisse la triathlète et « Voix Suave » au ravitaillement…

La route est vallonnée désormais et la chaleur se fait accablante en cette fin de matinée… Ca cogne…

07 

Et Seb a des problèmes de déchaussage intempestif : ces cales de chaussures sont presque mortes, surtout la gauche. C’est à rouler et les user dans Bordeaux hier… On S’arrête plusieurs fois au bord de la route pour resserrer la tenson de la pédale pour compenser.

« Dire que tu as promené des cales neuves dans ton sac depuis la Normandie et que tu ne les as pas montées… » =))) Maintenant, elles sont dans ton sac pour Paris… =))

Le resserrage fonctionne.

Les routes se font un peu désertes, ponctuées de temps à autres par des lieux de pique-nique des assistés. Routes départementales en bon état puis bifurcation à gauche à un moment donné pour se diriger sur un chemin beaucoup moins roulant au revêtement dégradé. Des côtes brèves, des petites descentes, de l’ombre sous les arbres, c’est agréable… Il y a un bruit qui vient de l’arrière du vélo de Seb :

« Je crois que c’est ta loupiotte qui cogne contre le cadre… »

Et on s’arrête pour bricoler un peu. On avait bougé la loupiotte hier soir à l’hôtel avant de se coucher, mais les bricolages de dernière minute, la spécialité des vélo couchés, c’est pas forcément très bon…

On repart… Les petits groupes qu’on avait pu doubler précédemment nous repassent, Pascal avec son Gaucho aussi.

On contourne Confolens et les bosses semblent un peu derrière nous…

Dans une descente, la loupiotte se casse la gueule… L’occasion d’un arrêt à l’ombre pour la récupérer et la remonter.

Enfin des portions plus favorables à nos vélos couchés et je me sens tout d’un coup pas trop mal… Même déchaîné… On a des groupes en ligne de mire et ça me transcende… On commence à rouler systématiquement autour de 30-35 km/h. Gros rythme. Les kilomètres s’enchaînent plus vite. Mes tendons d’Achille sont douloureux depuis un bon moment maintenant mais mon homéopathie calme à peu près la douleur. Les petits arrêts qu’on a fait, aussi, permettent de calmer le feu que j’ai dans les pieds. Sinon, les jambes, ça va pour l’instant… C’est agréable de rouler vite comme ça…

08

 

Et l’Isle Jourdain apparaît enfin, contrôle C2… 217km (ça semble cohérent avec le carnet de route cette fois), 15h00. La terrasse du café voisin est envahie de cyclos… Au bar, c’est l’effervescence… Je commande 2 grands panachés (1 litre au total) et 2 sandwiches, Seb 2 Perrier et 2 sandwiches… Torse nu dans le bar après s’être rafraîchi à la fontaine, pas fier le Seb… « Voix suave » arrive… entre dans le bar… enlève son casque… détache ses cheveux sensuellement…

Elle s’approche près du bar pour demander à remplir ses bidons et commander quelque chose.

Je lui lance : « Comment ça va ? »

- Bien, pas mal du tout !!

Et après 2 secondes de réflexion : « Ah oui, vous êtes les deux vélos couchés !! Ca va bien et vous ? »

« Pas mal aussi !! »

Les cheveux plaqués par le casque, elle n’en reste pas moins très jolie... Bon, pour nous, il est temps désormais de penser à repartir… Je vais me rafraîchir à la fontaine, tremper le maillot et nous sommes repartis. On passe à côté d’un camping-car où un gars en maillot orange est en train de se faire masser…

 

Y’en a qui ont de la veine… Ca, c’est de l’assistance !

Les kilomètres se remettent à défiler, toujours sous la chaleur…

A Lussac-les-Chateaux, nous sommes arrêtés à un feu. Sébastien pense avoir quelque choses de bizarre sur le pneu avant : sur les beaux revêtements, il y a comme un faux rond… Une hernie ? On regarde un peu : effectivement, on dirait que le pneu est défaillant à un endroit, comme si la tresse était lâche. A la suite d’une fausse route et d’un arrêt, on dégonfle son pneu et on repart. Pendant ce temps, on s’est fait redoubler par quelques petits groupes.

 

La route nous est assez favorable et le léger vent défavorable nous donne un avantage certain par rapport aux vélos droits… Le rythme est cependant moins élevé qu’avant l’Isle-Jourdain. Je commence à accuser le coup. Il commence à me manquer de l’énergie pour appuyer sur les pédales. Mes pieds me font mal, aussi bien au niveau des tendons d’Achille que du pied trop serré dans la chaussure et les petits arrêts, même très courts me soulagent un peu.

On redépasse les gars en maillot orange, un de ceux qui se faisait masser : ça a l’air d’être très dur pour lui. Pourtant, il semble affûté… Parti trop vite ? Pas assez entraîné ?

Pause à St Savin sur une place, près d’un robinet et de sanitaires, pour remplir les bidons et se rafraîchir. La température est étouffante : dans ces conditions, la quantité d’eau descend vite. Un groupe passe et on le reprend en partant de St Savin… Au détour d’un virage à 90°, à l’angle d’une maison, on croise en 205 un type à la mine alcoolisée qui nous engueule comme du poisson pourri parce qu’on prend un peu de place sur la route. A côté de lui sa femme je suppose. J’ai à peine le temps d’ouvrir la bouche pour lui adresser un nom d’oiseau qu’il me lance un « Tas gueule, espèce de connard ! » Bon, je ne crois pas qu’une conversation argumentée pourrait avoir lieu donc je laisse tomber toute tentative d’instruction de ce cuistre…

 

Nous ne roulons plus que nous deux, Seb et moi sur des routes agréables, pas très fréquentées. Nous attendons le passage à Angle-sur-l’Anglin, classé « plus beau village de France ». Et nous ne tardons pas à le traverser. Une côte sévère nous guette et on la monte comme des cadets, à fond !!! A la fois pour rattraper 2-3 cyclos devant nous et aussi pour nous faire remarquer encore une fois auprès d’un petit public dans la bosse (notamment féminin, mais c’est Seb qu’est parti comme un fou !!). Il grimpe toujours mieux que moi, je suis décroché d’une vingtaine de mètres et également gêné par un cyclo qui roulait beaucoup moins vite. On retrouve un des gars avec qui on avait roulé au petit matin. Echange de quelques mots… Puis on reprend notre rythme, un peu plus rapide que les vélos droits sur des portions plus avantageuses.

 

Martizay, contrôle N°4, arrive très rapidement. Le soleil décroît bien dans le ciel. Il est 19h. 308 kilomètres ont été faits. Le ravitaillement est un peu plus conséquent : des petites soupes, des barres de céréales, des sandwiches, des morceaux d’orange, de bananes, des fruits secs… Je fais mes réserves. On achète quelques fruits dans le petit commerce d’à côté. Je cause quelques instants avec des gars de ma région, en vélo droit, que je connais bien puisqu’on a roulé ensemble sur le Bordeaux-Paris en 2006 et que je les croise fréquemment sur les randonnées locales.

Quelques curieux nous posent des questions. Seb parle avec des autochtones d’Alençon, qui nous ont doublés plusieurs fois avec leur camionnette immatriculée 61 : « des gens bien de chez nous !! » J’aperçois un des gars en maillot orange assis sur le trottoir, semble-t’il à l’agonie…

Puis on repart, sans doute après 3 quarts d’heure de pause, juste au moment où Pascal et Dominique arrivent.

09

71 kilomètres avant le prochain contrôle… Les routes sont pour un moment désormais larges et rectilignes… Un peu désespérantes même. On en profite pour passer quelques coups de fil…On roule à 20 km/h… Bifurcation à droite. Au passage sur quelques routes de campagne désertées à ces heures de dîner, je profite pour prendre Seb qui fait l’oiseau : sans les mains sur sa TD. On passe entre les champs de blé…

 

Bifurcation à gauche et on se met à plus ou moins longer l’Indre, cachée par les arbres… La route n’est pas très bonne et on a le soleil rasant dans la figure. La température commence à diminuer un peu, ça fait pas de mal. Les insectes sont nombreux et les bras et jambes sont tout collants…

 

A Châtilon-sur-Indre, on reprend une grosse départementale rectiligne en direction de Noyers-sur-Cher, notre prochain contrôle…

On ne roule pas très vite. Arrêtés pour allumer le feu arrière et mettre les verres transparents pour affronter l’obscurité naissante, trois gars nous rattrapent, des assistés encore, même pas de sacoche de selle.... Un phare venant de l’arrière nous éblouit un peu dans les rétros… « Qu’est-ce que c’est que ça ? Une moto ? Pourquoi elle ne nous dépasse pas ? »… Les 3 gars prennent 20 mètres et la moto nous dépasse à son tour, avec des roues sur le porte-bagages… Dingue pour des cyclos qui avancent à peine plus vite que nous !!… Sébastien demande au motard si c’est bien leur assistance. Effectivement… Il nous prend l’envie de mettre un coup de rein et de se mettre dans leurs roues, histoire de montrer que leur assistance ne leur fait pas gagner beaucoup de temps par rapport aux mules qu’on utilise comme vélos… Chose faite. Ils roulent assez vite et il me faut forcer un peu pour les suivre. On les dépasse à la faveur d’un faux plat descendant… Ils s’arrêtent un peu plus loin… Pour manger ?

On revient sur 2 gars du même club peu après, à la suite de ces portions favorables : un cyclo assez jeune et un gars plus âgé : le père et le fils peut-être… Le plus jeune roule un peu bizarrement. L’ambiance est un peu froide. La fatigue se fait sentir sur l’envie de converser. Seb et moi roulons un peu plus vite sur les portions bien rectiligne et planes mais les 2 gars reviennent souvent à notre niveau en raison de petites élévations de la route. Le plus jeune roule vraiment bizarrement : à plusieurs reprises, c’est comme s’il essayait de sprinter pour nous faire décrocher… Sébastien prend un malin plaisir à en mettre une couche dans les côtes pour voir comment il réagit et moi, sans forcer plus, je prends l’élan dans les petites descentes… Et même là, le gars essaie d’aller plus vite que moi… « Il est con ou quoi ? ». Je finis par demander au cyclo plus âgé, lui-même régulièrement distancé à cause de ses coups de butoirs :

« - Il nous aime pas votre copain, ou quoi ? »

« - Ben, il roule toujours comme ça… » me répond t’il de manière un peu désabusée.

Je me suis dit que ça m’aurait bien embêté de faire équipe avec un gars qui roule de manière si désordonnée et si égoïste…

 

Le soleil s’est couché. On les laisse finalement filer. Je dois m’arrêter pour brancher ma dynamo et allumer mon phare à l’avant, ça devient limite de rouler comme ça. Il faut être vu !!

Arrivés sur St Aignan puis Noyers-sur-Cher après le passage d’un pont, on doute un peu de l’endroit où il faut pointer… A t’on loupé une flèche ?? On s’arrête pour demander à un couple marchant sur le trottoir où se trouve « Le Narval », le bar où on doit pointer : « C’est plus loin… ». OK, bon, on ne s’est pas trompé. Effectivement, 500 mètres plus tard, des gens de l’organisation officient, tampon en main, à une table dressée à l’extérieur du bar. Seb et moi ne tardons pas. 22H40, l’obscurité est réelle, nous enfilons les chasubles jaunes. Profitant d’un peu de public à notre attention et de nos statuts de gars sur vélos bizarres, nous nous lançons des vannes mutuellement et retrouvons un peu de gaieté. Cependant nous ne tardons pas : le contrôle suivant, à Romorantin est très proche, à peine à 35 km. On fera une pause plus grande là-bas. Il y a un ravito en plus…

Des loupiottes rouges émaillent la route devant nous. Nous roulons bon train. Des véhicules d’assistance commencent à nous déranger sérieusement derrière nous. Alors qu’un groupe nous rejoint pour profiter de nos éclairages, nettement plus adaptés au roulage de nuit que leurs ridicules loupiottes, Seb leur fait part de la gêne que provoque leur véhicule à alterner code et pleins phares… On se montre suffisamment mécontents pour qu’ils n’insistent pas et reprennent un peu de distance derrière nous. On accélère quand même pour rattraper un autre groupe devant. La route nous est favorable car assez plate. Nous les doublons puis restons à distance mesurée, parfois plus éloignés, parfois plus proches en raison de faux plats montants ou recherche de routes. On roule aux alentours de 30 km/h dans l’obscurité. La lune, levée mais basse dans le ciel, ne nous aide guère à y voir plus clair. Nous sommes déjà aux abords de la Sologne et la fraîcheur se fait déjà sentir par endroits alors que nous ne nous sommes pas très chaudement revêtus.

Romorantin arrive très vite et nous traversons la ville qui me semble plus grande que prévue. On met un peu de temps avant d’atteindre la salle, point de contrôle et de ravito C5, mais enfin, on y est…

 

Content de pouvoir faire une pause et se ravitailler. Nous appuyons nos vélos contre des grandes poubelles déjà pleines à craquer. Comparé à dehors, la température de la salle nous réchauffe soudainement. On se dirige vers les toilettes pour se débarbouiller un peu. La peau colle de transpiration et de pollution…

Puis on prend un café… Un deuxième… Un sandwiche au jambon… Des bananes… Assis sur des chaises, attablés. Je ne lutte pas encore contre le sommeil. Par contre, mes pieds souffrent : mes tendinites et les pieds serrés dans mes chaussures, je suis content de les enlever et de marcher un peu en chaussettes.

Certains s’en vont dormir dans un coin. Seb discute avec un couple en tandem de la façon dont les départs ont été faits ce matin, échelonnés de 5h20 à plus de 06h10… Alors que le départ officiel comptabilisé est 06h00… Injustice flagrante… Bof, en fait, moi, je m’en fous un peu. L’important, c’est de finir.

On s’accorde pour tenter de dormir un quart d’heure. De mon côté les nerfs sont encore dessus… Je n’ai pas envie qu’on s’endorme réellement et qu’on se réveille au bout d’une heure et demi comme sur le Rennes-Nogent-Rennes il y a 15 jours. Alors je surveille plus ou moins ma montre et finis par « réveiller Sébastien au bout de 15 minutes.

On se couvre un peu pour affronter les forêts de Sologne en général un peu plus fraîches : jambières et manchettes pour moi, T-shirt noir à manches longues moulant le corps sculpturalement musclé de Seb…La fatigue et le manque de sommeil se chargeront d’accentuer la sensation de froid. On repart vers 01h45 après cette bonne pause d’une heure et demi. Le tronçon le plus long de ce Bordeaux-Paris nous attend : 140 km et au moins 3 heures à rouler dans la nuit faiblement éclairée par une lune basse… C’est tout plat jusqu’au prochain contrôle…

Repartis calmement tous les deux, nous ne tardons pas à nous faire rattraper par un petit groupe de vélos droits, sans doute 4 ou 5 à vue de rétro. Ils ont apparemment contents de profiter de nos puissants éclairages. Heureusement, ils n’ont pas de voiture suiveuse qui nous embêterait. Leur compagnie nous donne l’occasion, non pas de discuter parce qu’ils ne sont pas très bavards, mais de raconter des bêtises entre Seb et moi. Ca a le mérite de nous réveiller un peu. L’impression d’être en pleine forme : blagues sur blagues, souvenirs de précédentes longues distances, chansons. Je me mets à entonner le répertoire de Jean-Michel Amoitié, voire Jean-Michel Aumointroiquarts… Des morceaux de couplets, de refrains, chantés parfois le souffle un peu court et la voix fatiguée… C’est pas grave, du moment qu’on fait du bruit.

Les vélos droits restent dans nos roues. Seb et moi menons le rythme côte-à-côte, entre 25 et 30 km/h mais sur un tempo qui me semble bien suffisamment élevé. De temps on demande en criant :

« Ca va derrière ? On ne vous entend pas trop !! »

- Ca va… On lutte un peu...

- On ne vous gêne pas au moins ?

- Non, non… En fait on ne comprend pas tout ce que vous dites…

- Ben, en fait, nous non plus !!!

Le temps passe… Les paysages aux alentours ne sont guère visibles… Des forêts quoi…

On fait les calculs dans nos têtes pour savoir quand les premiers concurrents, partis à 14h pour la catégorie des « moins de 28h », vont nous doubler… On attend…

C’est vers 02h35 que l’on aperçois les gyrophares de la voiture ouvreuse derrière nous… Elle arrive assez vite… Sans grosse surprise, c’est le vélomobile d’Aurélien Bonneteau qui nous double.

« Allez Auré !! Vas-y !! Fonce !! Youhouuuuu !!!! »

Nous roulions entre 25 et 30 km/h et lui était certainement aux alentours de 40-45 km/h… Quelle impression de vitesse et de facilité dans son Quest…

Je me suis cassé la voix à force de hurler. Nous a-t-il entendu ? Aperçu ?

J’ai un grand sentiment de fierté d’appartenir à la communauté des vélos couchés et de connaître ce grand champion. On en discute avec les autres vélos droits qui ne connaissent pas notre « monde »…

Les kilomètres s’enchaînent avec la langue toujours aussi bien pendue…

Du côté de Souvigny-en-Sologne, peut-être Vannes-sur-Cosson je ne sais plus trop, on décide de faire une petite pause pour un petit pipi et manger 2-3 bricoles. Ca coupera un peu cette longue étape jusqu’au prochain contrôle. On prévient nos collègues qu’on va s’arrêter :

« On va faire une petite pause !

- Vous vous arrêtez longtemps ?

- 5 minutes, un truc comme ça…

Sous les lampadaires, on s’arrête sur un trottoir… Les autres filent. On mange un peu… Je commence à accuser un peu le coup, à être moins vif…

Tout à coup, ce sont les poursuivants d’Aurélien qui arrivent suivis de leur voiture (le 4x4 immatriculé 38) qui leur éclairent la route : 3 poursuivants dont le jeune, ancien pro, qui séjournait dans le même hôtel que nous. On avait appris qu’il avait quitté son équipe professionnelle parce qu’il refusait de se doper… Ils ont beaucoup de retard sur Aurélien et l’effectif de leur petit groupe est très réduit. La participation à cette édition du Bordeaux-Paris semble très faible.

Finalement, on repart après environ 10 minutes. Nos collègues ne nous ont pas attendu. Nous ne sommes plus que tous les deux, Seb et moi. Beaucoup moins bavards il me semble.

On voit la fin des forêts de Sologne et poindre les premières lueurs du jour. Je commence à avoir des sensations de froid, premiers avertissements du sommeil qui me prend… On traverse la Loire à Chateauneuf-sur-Loire. Voilà, on est au nord, la dernière ligne droite et l’arrivée dans 110-120 bornes…

10

Pfiouu… Ca y est, il est l’heure du coup de barre : vers 05h30, je lutte péniblement. Le corps déconnecte complètement de l’esprit… Impossible de faire le moindre effort conséquent… Les yeux veulent se fermer, j’ai froid malgré mes vêtements… Sébastien est souvent 50-100 mètres devant moi et j’ai bien du mal à rester dans sa roue dès qu’il y a le moindre faux-plat montant. La loupiotte arrière d’un cycliste au loin devant nous ne se rapproche jamais et on entre dans les plaines désespérantes de la Beauce après la sortie de Neuville-aux-Bois.

Seb et moi sommes de nouveau côte-à-côte… Lui aussi est dans le dur. Ce coup de barre n’en finit pas… On roule péniblement entre 20 et 25 km/h sur une route pourtant plate. Peu de paroles. A peine quelques mots. Je n’ai plus les forces pour ça. Plus les forces pour raconter des conneries. Lui non plus. Quelle différence avec la nuit précédente !!

 

Rah, si seulement « Voix suave » était là avec nous, ou la petite triathlète… Elles nous tiendraient éveillés par leur charmante compagnie et par la volonté de ne pas paraître ridicules à leurs côtés… Mais elles ne sont plus avec nous… (Je tairais ici les quelques pensées indécentes qui me sont venues à l’esprit concernant le sort qui leur aurait sans doute été destiné quand nous aurions traversé les forêts désertées, sombres et silencieuses de Sologne… du genre revêtues d’habits en cuir très moulants, attachées à de robustes troncs d’arbres par de solides corde de chanvre… Seul Sébastien fut auditeur de quelques extraits de ces pensées néfastes). Que voulez-vous, il faut bien s’occuper.

Le soleil se lève. Ca fait 24 heures que nous sommes partis de Bordeaux….

Le contrôle d’Autruy-sur-Juine approche… Théoriquement.

 

On se fait rattraper par cinq vélos droits dont le gars bizarre d’hier soir (mais si, « celui qui ne nous aimait pas trop »), mais leur petit groupe éclate au fur et à mesure des petits faux plats montants. Si Seb arrive à rester dans les roues des 3 premiers, du même club,  dans ces « bosses », moi, je décroche systématiquement. Je suis bien à la ramasse…

Quand arrive le kilomètre 552 à mon compteur, celui où on devrait arriver au point de contrôle, on voit le panneau indicateur d’Autruy-sur-Juine nous indiquer encore 8 km !!!! Je sentais ce mauvais coup venir…

« Non, c’est pas vrai !!! »

Il y a 4 ans, je me souviens avoir vécu la même scène avec la même fatigue. Les kilomètres étaient déjà faux sur le carnet de route !

« J’en ai marre !! C’est comme il y a 4 ans !!! »

Le moral en prend un coup. Malgré mes efforts, je décramponne du groupe et les laisse en point de mire, à 100 mètres. Je n’arrive pas à regagner du terrain même dans les faux plats descendants…

 

11

Enfin, Autruy-sur-Juine… Km 560 au compteur… Cette pause va faire du bien j’espère. J’ai sommeil et j’attends que les rayons du soleil me réchauffent. On fait tamponner nos carnets et on profite du petit déjeuner dans le bar… A 5 euros, on peut considérer que c’est une belle arnaque, mais bon, mon chocolat me réchauffe un peu. Sébastien semble avoir repris du poil de la bête alors que moi, je suis toujours dans le dur et je tarde à décoller de ma chaise. Les cuisses sont dures et j’essaie de les étirer comme je peux. J’enlève mes chaussures pour me libérer un peu de la souffrance de mes tendons d’Achille. Je n’ai pas trop de force dans les jambes et l’esprit dans le vague : vous savez, cette espèce de regard vide qu’ont les mecs bourrés en sortie de boîte de nuit, quand ils doivent se tenir au lampadaire pour ne pas tomber… Ben moi, c’est pareil, sauf que je n’ai pas pris une goutte d’alcool… Je suis saoul des kilomètres effectués. Même la jolie petite demoiselle qui prépare les couverts n’éveille aucun sursaut en moi… Pas la moindre volonté d’envolée lyrique, ni de romantisme débridé… J’ai le cheveu sale, la figure pas rasée et les traits qui me donnent 10 ans de plus… Je fais peur à voir quoi…

 

Après trois quarts d’heure de pause au moins, Sébastien m’attend pour repartir. Il nous reste normalement à peine 70 km et on va affronter les contreforts de la région parisienne et la Vallée de Chevreuse.

On s’arrête cependant quelques kilomètres après Autruy pour se dévêtir car la température augmente rapidement. Puis on reprend la route. A la plaine et aux grands étendues de champs interminables succèdent les rues des communes à traverser, pas toujours très agréables et surtout bien défoncées.

Etampes, Etrechy, peu de circulation mais des routes casse-cul et des côtes qui comment à émailler le circuit, mais donc des descentes aussi. Certaines sont un chouia dangereuses surtout quand on est un peu fatigués et mal réveillés.

On reprend le rythme mais c’est lent et j’ai toujours du mal, et mes tendons me font souffrir. On ne roule pas à beaucoup plus de 20 km/h. Seb grimpe toujours bien et s’amuse avec certains cyclos à jouer le « maillot à pois », du côté de Marcoussis…

 

Le temps passe lentement… trop lentement. C’est toujours comme ça quand on approche de l’arrivée. On est pressés d’en finir… Et pourtant, je commence à repenser qu’il me restera plus de 360 km à faire après l’arrivée, pour rejoindre les Deux-Sèvres…

J’ai repris un peu de forces mais je ne peux toujours pas jouer les premiers rôles dans les côtes alors je laisse filer puis refais mon retard ensuite. Nous croisons ou nous faisons doubler par des cyclistes du dimanche, eux frais comme des roses… La plupart du temps, il n’y a pas un bonjour, pas un signe de la main… Ben dis-donc !!

Le panneau des 20 bornes restantes arrive enfin, au pied d’une énième bosse de Chartreuse…

A la suite d’un dépassement à peine poli de la part d’une jeune femme dans une montée où j’étais à la traîne (pas de bonjour), un regain de fougue hargneuse me gagne :

« On ne me manque pas de respect !! J’ai plus de 600 km dans les guiboles, moi !!»

Malgré sa silhouette avenante et sa crinière blonde frisée (sous le casque), sa façon de se mettre en danseuse, son parfum enivrant faisant chavirer tous mes sens (je recommence à m’égarer là…), c’est dit, je n’en ferai qu’une bouchée !!…Euh… sitôt la côte terminée… Chose faite… Elle est à moi !!! J’oublie mes douleurs, ma fatigue !! Je remets la plaque et j’enroule !! 25, 30, 35 km/h… Je la redépasse en lui disant bonjour, MOI !! Puis je rejoins le groupe où Seb m’attend. Je lui fais part de ma rencontre… Elle nous rejoint alors qu’on avait bien ralenti, puis nous dépasse sans piper mot…

Reprenant alors nos vieux instincts de mâles primitifs, ne pouvant plus tenir nos jambes de feu, nous embrayons, laissant nos camarades en vélos droits bienveillants et amusés : « C’est pas vrai, tous les mêmes !! »…

On se remet à foncer à plus de 35 km/h, comme si on venait de commencer notre sortie et malgré un petit vent défavorable. On dépasse la petite cycliste rapidement et on continue de suivre les fléchages. On dépasse aussi d’autres cyclos… Personne ne nous accroche. On tourne, on vire, on traverse des communes… Saulx-les-Chartreux, je ne sais plus… Toujours est-il que nous retrouvons notre petite cycliste…

« Vous avez pris un raccourci là ? C’est de la triche !! » lui dis-je en plaisantant…

« Oui… Ils avancent bien vos engins !! »

« Faut appuyer dessus ! »

Et nous faisons un peu de causette. Elle est du coin et roule plutôt très vite. On garde le rythme. Mine de rien on approche de plus en plus de l’arrivée, plus que 3-4 km mais on s’en fiche, on est bien accompagnés =)).

Puis elle nous quitte.

Plus que 2 bornes à travers les rues, les nombreuses habitations… Nous entrons enfin à Ballainvilliers et tournevirons encore et encore pour finalement passer la « ligne d’arrivée »… Pas tellement de comité d’accueil… Nous croisons Aurélien Bonneteau qui part juste avec son vélomobile dans la remorque derrière…

 

Pointage du carnet à 10h49 ce dimanche matin… Rigolade avec les deux jeunes qui pointent nos carnets…

Ca y est, une bonne chose de faite : 630 km au compteur pour 28h49…

 

 

* * * * * * * * * * * * * * * *

 

 

Il fait chaud et il va être temps de prendre une douche et se changer… Avant de manger et de repartir…

Nous sommes esclaves de nos vélos d’un coup : attirés par la singularité de nos montures, certains membres de l’organisation commencent à nous harceler de gentilles questions… C’est bon enfant mais au bout d’un moment, c’est un peu lourd…

 

Et on aperçoit Barbara Buatois, notre championne multi-discipline de vélo couché qui vient nous faire un petit coucou avec Julius et Pierre un peu plus loin. Elle connaît Seb. Ben, pour moi qui ne l’avais pas encore rencontrée, c’est un véritable honneur. Je crois bien ne pas avoir osé lui faire la bise…

Elle arrivait juste des Etats-Unis suite à sa performance sur la Race Across America (RAAM)… 4600 bornes en 11 jours… On a l’air de quoi à côté ?? Moi, je ne la questionne pas sur ces performances, sur sa façon de s’entraîner, moi, j’ai des questions bien plus importantes… Moi, je lui demande si elle a un bronzage aussi con que le mien… Comme elle met beaucoup de crème, elle n’est pas ridicule, ELLE… Ca, c’est un sujet capital !!

J’aime la convivialité et la bonne humeur qui règne dans le monde du vélo couché : nous ne sommes pas encore trop nombreux et nous arrivons à nous connaître et nous retrouver sur les longues distances pour certains, quelque soit le niveau, quelque soit la machine, on s’encourage et s’apprécie…

 

Barbara nous laisse et repart avec Pierre et Julius à la rencontre des autres vélos couchés qui doivent arriver plus tard.

Nous filons récupérer nos sacs et prendre notre douche, laissant les vélos sur l’aire d’arrivée. Les discussions sous les douches portent sur Aurélien et sa stratégie du double vélo couché, alternant le High Racer carbone et le vélomobile, moyennement appréciée par certains coureurs rapides sur vélos droits… Ca discute aussi Paris-Brest-Paris 2011… Et oui, c’est dans un an…

Cette douche a fait du bien.

J’enfile de nouveau un short de vélo et un maillot qui m’accompagneront pour mon retour dans les Deux-Sèvres. Je prends conscience qu’il faudra repartir, encore, malgré mes tendinites et sous la grosse chaleur, étouffante. Il fait déjà plus de 30°C malgré un voile nuageux par moments…

On file prendre notre plateau repas et je prends également mon trophée en verre… 1 kg de plus à ramener.

Le plateau repas est bien industriel : de la semoule et 2 très épaisses tranches de je-ne-sais-plus-quoi… Ca cale l’estomac en tout cas. On mange sur l’herbe à proximité d’autres coureurs, très fiers d’étaler leurs temps, aux côtés de leur super assistance. Du coup, Seb et moi ramenons nos gros vélos couchés chargés comme des mules et commençons à parler assez forts des kilomètres qu’on a fait avant Bordeaux et de ceux qui nous restent à faire. Notre planète n’est pas la même, mais on a quand même un peu d’orgueil.

Ma petite fierté est cette année de n’avoir compté que sur mes jambes pour rallier tous ces points : pas de voiture !! On roule moins vite sur l‘épreuve même mais on a un peu plus de mérite (enfin, j’ai l’impression).

Après ce repas, on retrouve Dominique (« …eil ») qui en termine.

Pascal sur son Nazca n’est pas très très loin, ils ont roulé ensemble pendant très longtemps, ayant le même rythme. Seb et moi s’en allons faire une petite sieste vers 13h30, sous l’ombre relative d’un arbuste et sur l’herbe grillée. La chaleur et le bruit m’empêchent de somnoler, ce n’est qu’en prenant des bouchons d’oreilles que j’arrive à trouver un peu de sommeil, une heure peut-être mais suffisante pour récupérer un peu. Le réveil est cependant pénible : j’ai la bouche pâteuse et j’ai mal au crâne. Il fait toujours aussi chaud…

L’heure du départ a sonné. Sébastien se prépare aussi… Nous quittons Ballainvilliers en reprenant le chemin inverse… Bon sang que les vélos sont lourds !!! Ca change l’équilibre… Grâce à son GPS, nous ne faisons pas trop d’erreur de route. Nous croisons nombres de cyclos et… Isard qui arrive !!!

Quelques kilomètres dans les bosses de la Chartreuse et c’est l’heure pour Seb et moi de nous séparer. Je prends la direction du Sud-Ouest avec mes cartes et lui rejoint des amis et sa femme 100 km plus loin dans la direction de Rambouillet. Petite pointe d’émotion… On a passé pas loin de 1000 kilomètres ensemble, sensiblement au même rythme (OK, t’es plus fort que moi dans les bosses), partagé les mêmes types de blagues pourries, le même humour, les mêmes coups de barre… Un bon duo, super agréable…

On ne s’arrête pas… On se sert la main…

« Salut Bertrand ! »

« A la prochaine Seb ! »…

Une aventure est terminée, une autre reprend pour moi : mon retour dans les Deux-Sèvres, plus de 360 km prévus…

Je reprends mes cartes et mon circuit emprunte par moments celui du Bordeaux-Paris : je reprends de grosses bosses. Je croise des cyclos et sans doute Dolmen et le trike (« Raymond » ??) que je salue dans une descente.

Je sors de la région parisienne kilomètre après kilomètre. Une amie m’appelle sur mon portable et me fait passer le temps dans une longue côte… Passage encore par de grosses montées à Dourdan et entrée dans la Beauce : la chaleur est encore écrasante et les petites communes traversées sont désertes et tristes… Pas beaucoup de monde. Je roule en rythme économique les routes alternent entre revêtements pourris extrêmement désagréables et beau bitume bien roulant. Sainville, Denonville, Quarville, Boisville…

 

Dans la plaine, en route vers Bonneval, où je vais me trouver un coin pour dormir...

La fin de soirée approche et je dois trouver à manger quelque part… Le prochain « gros » bled selon ma carte est Voves, toujours en Beauce… Je tourne dans la commune et arrive à trouver une petite pizzéria-kébab… Ce sera ça ou rien… Et ils ne m’ont pas loupé sur la pizza : super ! Le gars m’a mis une grosse quantité de garniture, j’ai eu du mal à finir, pourtant, il m’en faut beaucoup d’habitude !!… J’ai Seb au téléphone qui en a terminé, lui, et qui vient aux nouvelles… Sympa !!

 Il commence à se faire un peu tard. Je vais continuer encore un peu et me trouver un coin pour pioncer, à l’abri si possible… Je fais encore une vingtaine de kilomètres et me pose enfin à Bonneval (après 110 bornes depuis Paris) pour me coucher, dans des sanitaires tranquilles, assez propres, le sas du Crédit Agricole étant un peu trop exposé à la route. Pas de matelas mais mon sac de couchage.

Ce dimanche soir, vers 23h00, je me couche après un bon brin de toilette, sur le carrelage et avec la nuit assez douce qui tombe. Mon réveil est prévu à 03h30…

 

 

* * * * * * * * * * * * * * * *

 

 

Lundi

 

Une fois avoir un peu récupéré, la dureté du carrelage se fait sentir et m’empêche désormais de m’endormir… Le réveil sonne mais je reste un peu encore dans mon lit… Euh, dans mon matelas… Je me lève tranquillement, me débarbouille, replie tout mon barda… Il est tout de même pas loin de 05h00 quand je repars. Je perds beaucoup de temps à sortir de Bonneval en raison de travaux effectués, de panneaux indicateurs incompréhensibles et d’une carte qui n’est plus à jour. Mais les kilomètres s’enchaînent à nouveau, à travers des paysages où quelques bosquets et quelques bois font de nouveau leur apparition.

 

Le parcours que j’ai confectionné est plutôt très plat, empruntant des vallées longeant des cours d’eau. J’ai bien joué sur ce coup-là. Je passe au sud du Perche, un peu au nord de Châteaudun. Les nuages encombrent le ciel, plutôt menaçants… Noirs par endroits…

L’après-midi arrive…

Un violent orage en Touraine m’oblige à me mettre à l’abri très rapidement sous une grange, vers 14h30… 30 minutes d’arrêt le temps que ça passe. Ca rafraîchit…

Le Maine-et-loire… Saumur… Je m’embarque sur des routes à 4 grammes où je ne trouve pas ma route faute de panneaux indicateurs : « Pays de m… !! »

Doué-la-Fontaine… et la chaleur qui revient… Je retrouve les routes que j’ai fréquentées dans ma jeunesse… Je suis quasiment chez moi, plus que 50 km… L’écriture de SMS et un coup de fil m’occupent les 20 derniers kilomètres. J’ai mon rythme, je suis bien, je continuerais des heures comme ça encore… Mais j’ai mal partout : mes tendons, mes pieds, mes cuisses…

12

J’arrive dans les Deux-Sèvres, chez mes parents vers 20h00… Bien fatigué quand même, mais sans trop de souci dû au manque de sommeil…

Depuis samedi matin, à 6h, jusqu’à ce lundi soir 20h00, j’ai effectué 1021km en 66h, ai dormi en gros 5h30…

Content de moi. Content d’arriver. Content de prendre une douche… =) Mon vélo pesait 22 kg au retour... Ouais, c’est assez lourd…

 

A pluche pour de nouvelles aventures !

Merci d’être restés jusqu’au bout.

Merci à mes compagnons de route d’avoir contribué à rendre si belle cette aventure !!

Merci mon p’tit Seb !!

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